Tromper les caméras de surveillance avec une veste
Nicole Scheller a passé toutes ses études de mode à bosser sur un sujet qui compte pour elle : la contre-surveillance. Tout ceci a fini par devenir un vrai métier : depuis septembre 2023, sa marque Urban Privacy, montée à Leipzig avec le designer Daniel PreuB, habille ceux qui n’ont pas envie d’être reconnus par la première caméra intelligente venue.
Leur veste phare ne paie pas de mine telle qu’elle, sauf que son imprimé cache un piège : des formes qui évoquent vaguement des visages humains, disséminées sur tout le tissu. Les algorithmes de détection, dressés à trouver deux yeux et une bouche dans n’importe quelle bouillie de pixels, mordent à l’hameçon, verrouillent sur ces faux visages et perdent le vôtre en route.
La coupe fait le reste. Ample, asymétrique, elle embrouille aussi les logiciels qui prétendent deviner votre genre au premier coup d’œil, une manie dont ces systèmes ont du mal à se défaire.
Alors bien sûr, personne ne devient invisible là-dedans, et la marque ne le promet même pas : le vêtement rend simplement l’identification plus complexe, pas impossible, et son côté voyant fait partie du plan, puisqu’il s’agit autant de protester que de se protéger.
La collection FACEPTION Reloaded, lancée au printemps, va du t-shirt à 35 euros au hoodie à 65 euros, avec un sweatshirt à 59 euros, le tout cousu dans des ateliers européens. Mais le produit qui se vend le mieux n’a rien à voir avec les motifs : c’est OFLAIN, une pochette de smartphone (facturée quand même 115 euros dans sa version 2 (l’ancienne coûtait 80 euros)), qui fait office de cage de Faraday. En gros, c’est une enveloppe métallique qui coupe tout, GPS, Wi-Fi, Bluetooth, jusqu’à la puce sans contact de votre carte bleue.
Il y a aussi un foulard à 65 euros, imprimé d’un QR code qui balance l’adresse
no-photos-pls.com
sur l’écran de quiconque vous photographie.
Les Italiens de Cap_able font la même chose depuis Turin avec des pulls tricotés dont les motifs, générés par IA, font prendre le porteur pour une girafe ou un zèbre, entre 60 et 90% du temps selon la marque. Sauf que voilà, les logiciels de détection se mettent à jour plus vite que votre garde-robe, et le motif qui marche aujourd’hui sera grillé l’an prochain. C’est une course sans fin.
Le sujet pose en fait beaucoup de questions outre-Rhin : Alexander Dobrindt, le ministre de l’Intérieur, veut désormais des caméras biométriques dans les gares, et l’ONG AlgorithmWatch alerte sur le pistage de masse. Bref, un simple vêtement, mais un vrai sujet.
Source :
Euronews

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