Green Bank – La ville « sans ondes » qui écoute l’univers
Aujourd’hui je suis tombé sur une story Instagram d’
Artisan de demain
qui parlait d’un truc qui m’a plutôt intrigué. En fait, quelque part en Virginie-Occidentale, il existerait une ville qui vit “sans ondes électromagnétiques”. Pas de WiFi, pas de 5G, pas de four à micro-ondes qui ronronne tranquille dans la cuisine alors forcément, ça m’interroge… Et la Artisan de demain le dit elle-même face caméra, “* la raison, elle est scientifique*”. Et comme pour une fois que sur Instagram, ce qui est raconté est vrai, j’ai creusé un peu plus l’info…
Cette ville, c’est Green Bank. Moins de 200 habitants paumés au fond des Appalaches, et planté au milieu, un monstre d’acier de 100 mètres de diamètre et presque 150 de haut, le
Green Bank Telescope
, qui est le plus grand radiotélescope orientable de la planète. Son boulot, c’est d’écouter le cosmos, de débusquer des pulsars, des nuages de molécules à l’autre bout de la galaxie, et même de
tendre l’oreille vers d’éventuels signaux extraterrestres
. Le truc, c’est que les signaux qu’il traque sont d’une faiblesse à pleurer. Il cherche l’équivalent cosmique d’un murmure venu d’il y a des milliards d’années. Alors à côté de lui, votre smartphone qui cherche du réseau, c’est une rave party.
Du coup, pour que l’antenne entende quelque chose, il faut le silence radio le plus total tout autour. Et c’est pour ça que dès 1958, bien avant que le géant actuel ne sorte de terre, les États-Unis ont créé la National Radio Quiet Zone, qui est une zone blanche, une bulle de plus de 30 000 km² à cheval sur la Virginie et la Virginie-Occidentale, où les émissions radio sont sévèrement bridées. Donc c’est pas un délire d’anti-ondes avec chapeau en alu sur la tête mais c’est simplement pour des questions de science afin de ne pas noyer l’observatoire sous le bruit de la civilisation.
Et sur place, ça se matérialise par des règles imposées aux habitants, assez gratinées. Par exemple, près de l’antenne, on roule uniquement au diesel, parce que les bougies d’un moteur à essence crachent des micro-étincelles qui parasitent les ondes radio. Les fours à micro-ondes qui fuient finissent également enfermés dans des caissons blindés façon cage de Faraday.
Pendant des années, l’observatoire a employé un mec dont le seul job était de sillonner la zone dans un camion bourré d’antennes pour traquer la moindre source d’interférence. Sa chasse la plus mythique, c’était un coussin chauffant oublié dans une niche de chien, à une quinzaine de bornes de là, qui pourrissait ses mesures. Voilà le niveau de parano qu’il faut pour capter
ces signaux radio infimes
.
Sauf que cette réputation de “zone sans ondes”, vous vous en doutez, a fini par attirer un tout autre public. Depuis le milieu des années 2000, des gens persuadés que le WiFi, la 4G et les antennes leur bousillent la santé ont débarqué à Green Bank pour y trouver la paix. On les appelle les électrosensibles, et la petite ville est devenue une sorte de refuge pour eux.
Et, faut que je sois clair, parce que j’ai déjà dit exactement la même chose il y a dix ans à propos du
compteur Linky
. L’électrosensibilité, jusqu’à preuve du contraire, ça reste de l’ordre du mythe. En tout cas scientifiquement parlant.
Et ce n’est pas moi qui invente ça dans mon coin.
L’OMS reconnaît
que les symptômes (maux de tête, nausées, fatigue, picotements) sont bien réels et parfois handicapants, mais qu’aucun lien de cause à effet avec les champs électromagnétiques n’a jamais été démontré. Pire, quand on met des électrosensibles en double aveugle, incapables de savoir si l’émetteur est allumé ou éteint, ils ne devinent pas mieux que le hasard. Les symptômes débarquent autant avec un vrai signal qu’avec un faux. Les scientifiques appellent ça l’effet nocebo, le cousin maléfique du placebo. C’est la croyance que l’onde est dangereuse qui déclenche le malaise, pas l’onde elle-même. Les gens souffrent pour de vrai, simplement la cause n’est pas celle qu’ils croient…
Mais que voulez vous…. complotisme, horoscope, extra-terrestres, homéopathie, terre plate, voyance, reptiliens, lithothérapie, fantômes, numérologie, créationnisme, chat noir du vendredi 13, antivax, tarot, chemtrails, vies antérieures, naturopathie, climatoscepticisme, religions, pendule, Bigfoot, chakras, médiums, biodynamie, iridologie, et autres superstitions, c’est l’époque qui veut ça, et c’est difficile d’y échapper…
Et le truc rigolo dans tout ça, c’est que Green Bank n’a jamais vraiment été “sans ondes”. La zone réduit les émissions radio volontaires, mais pas les champs qui traînent absolument partout, comme le câblage électrique des murs, les appareils ménagers, et ce fond d’ondes résiduelles qu’on ne peut tout simplement pas faire disparaître. L’observatoire a même desserré la vis ces dernières années, et le WiFi est aujourd’hui toléré sous conditions, et la Virginie-Occidentale a carrément injecté des millions dans la fibre du coin.
Puis surtout, la vraie menace pour Green Bank, ce n’est pas le micro-ondes du voisin. C’est le ciel ! Car les méga-constellations de satellites genre les Starlink de merde là, balancent des parasites radio jusque dans des bandes censées rester vierges, au point que la NSF et SpaceX ont dû signer un accord pour que les satellites coupent leurs faisceaux quand ils passent pile dans l’axe du télescope. Rajoutez à ça des budgets de radioastronomie sérieusement sous pression côté américain, et vous comprenez que ce qui menace réellement ce lieu, n’a aucun rapport avec une histoire de bien-être.
Quant au fameux “emfscanner” cité dans la story Instagram, c’est un petit site qui pioche dans les données d’OpenStreetMap pour vous afficher les antennes et les lignes haute tension autour d’une adresse. C’est sympa pour visualiser l’infrastructure du coin, mais c’est à ne surtout pas confondre avec une véritable mesure car ça ne collecte pas les niveaux d’ondes électro-magnétiques. Les données d’antennes sont d’ailleurs incomplètes à peu près partout sur la planète.
Bref, Green Bank, ce n’est pas un sanctuaire anti-ondes, c’est un sanctuaire pour que la science puisse écouter des pulsars à l’autre bout de l’univers.
Source :
Green Bank Observatory

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