Pentest sauvage à base d’IA, que dit la loi ?
, le développeur préféré de votre développeur préféré, a reçu ce week-end un e-mail d’achat bidon avec le mot pentester dedans. En grattant un petit peu, il a découvert que quelqu’un s’amusait à trifouiller l’un de ses SaaS sans le prévenir.
Visiblement, c’est un autre créateur,
(melvynx), qui lui propose des formations autour de l’IA, qui pour les besoins d’une vidéo a fait tourner Kimi 3 en mode “hack” afin de poutrer certains sites dans le but d’utiliser les services gratuitement.
Depuis, X s’écharpe. D’un côté, ceux pour qui la faille est corrigée et tout le monde y gagne, zéro dégât. De l’autre, ceux qui parlent d’accès illégal, pur et simple.
Alors qu’en est-il exactement ?
Eh bien, parlons de la loi d’abord, parce qu’en France, elle est limpide. L’article 323-1 du Code pénal punit “le fait d’accéder ou de se maintenir, frauduleusement” dans un système informatique de “trois ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende“. Créer un faux compte, simuler un paiement avec de faux numéros de CB, toucher aux données, ça aggrave les choses et on passe rapidement à cinq ans et 150 000 € (article 323-3).
Pour moi, l’argument du “il n’a rien cassé” ne tient pas une seconde en droit. Dans l’affaire Bluetouff, la Cour de cassation a validé une condamnation pour maintien frauduleux alors que les fichiers étaient accessibles sans mot de passe, tout simplement parce que Bluetouff avait continué en sachant l’accès anormal. Je trouve que ce qui est arrivé à Bluetouff, c’était abusé, mais peu importe mon avis, cela montre bien qu’aux yeux de la loi, zéro dégât ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’infraction.
Ce qui fait basculer un
légal en délit, ce n’est ni la compétence, ni la bonne intention de la personne derrière, ni même ce que j’en pense. C’est UNE seule chose : L’autorisation préalable du propriétaire du système. Et je ne crois pas que Benjamin Code pratique le bug bounty sur ses systèmes…
Si on parle d’un point de vue hacking éthique, voire tout simplement en matière de nétiquette, la règle (et le bon sens, et la courtoisie) c’est d’abord d’avoir l’accord écrit avant de faire le test, et puis bien sûr de signaler la faille en privé à l’éditeur, tout en lui laissant assez de temps pour la corriger avant de communiquer dessus publiquement.
Par exemple, un bug bounty, c’est ça… C’est un périmètre défini, un canal de signalement, une protection pour le chercheur qui reste bien dans ce cadre. En dehors, il n’y a aucune protection. Et le dispositif français qui couvre les lanceurs d’alerte (article L2321-4 du Code de la défense) ne protège que le signalement de bonne foi à l’ANSSI, jamais l’intrusion elle-même.
Melvyn a reconnu lui-même juste après son “exploit” que “certains tests sur des SaaS tiers n’ont pas été précédés d’une autorisation écrite“. Tu m’étonnes…
Alors les kikoulol de X.com peuvent bien jouer les spécialistes en long en large ou en travers, ça ne change rien. Kimi K3 ou pas, dégâts ou pas, tester le système d’un autre sans son feu vert, même avec une IA autonome, ça a un nom dans le Code pénal…
Maintenant, je ne pense pas que ça ait besoin d’aller plus loin que ça… Dans un monde idéal, ce qui serait super, c’est que Melvyn fasse des excuses publiques à Benjamin Code et aux autres créateurs de SaaS qu’il a “poutrés”, et puis qu’il évite de refaire ce genre de conneries dans le futur.
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