L’enshittification, ou comment les géants de la tech dégradent volontairement vos services
Le Conseil norvégien des consommateurs vient de publier un rapport au titre évocateur : Breaking Free. Avec le soutien de plus de 70 organisations en Europe et aux États-Unis, il met un mot sur ce que beaucoup ressentent : les services numériques se dégradent, et c’est tout sauf un accident. Le phénomène s’appelle l’enshittification, et le rapport propose des pistes pour inverser la tendance.
Le terme enshittification a été inventé par l’auteur et militant Cory Doctorow en 2023 pour décrire un mécanisme bien rodé : une plateforme commence par offrir un service de qualité pour attirer les utilisateurs, puis dégrade progressivement l’expérience pour maximiser ses revenus. Le rapport Breaking Free, publié il y a quelques jours par le Conseil norvégien des consommateurs, reprend ce concept et l’applique à l’ensemble du secteur de la tech. Le constat est clair : il ne s’agit pas d’un effet secondaire, mais de choix délibérés.
Des exemples que tout le monde connaît
Le rapport liste des cas très concrets, et il y a de fortes chances que vous en ayez fait l’expérience. Par exemple, les fils Facebook et Instagram sont envahis de publicités frauduleuses, et Meta toucherait environ 16 milliards de dollars par an grâce à ces pubs douteuses, soit 10 % de son chiffre d’affaires. Les résultats de recherche Google passent par un filtre IA qui les rend moins précis qu’avant. Snapchat fait payer pour conserver ses souvenirs. Si vous avez une voiture connectée, il faut parfois un abonnement pour démarrer le chauffage à distance. Même les enceintes connectées qui tombent en panne vous redirigent vers un chatbot incapable de résoudre quoi que ce soit.
Le Conseil norvégien ne se contente pas de dénoncer. Il propose aussi des mesures : renforcer les droits des consommateurs à contrôler, réparer et modifier leurs produits, imposer l’interopérabilité et la portabilité des données, financer des alternatives open source, et surtout réduire la dépendance des services publics aux géants du numérique. Les lettres ont été envoyées aux gouvernements de 12 pays et à la Commission européenne. Et pour accompagner le tout, le Conseil a produit une vidéo satirique qui met en scène le quotidien d’un “enshittificateur” dans une grosse boîte tech.
Franchement, c’est un sentiment qu’on a tous eu je pense. Entre les feeds de nos réseaux sociaux qui deviennent affligeants, les résultats de recherche qui deviennent infernaux, ou des appareils qui nous demandent subitement de payer un abonnement pour conserver une fonctionnalité, c’est infernal. Moi, ce qui m’agace, c’est que tout ça nous est présenté comme de “l’amélioration de l’expérience”, alors qu’on sait très bien que c’est de la monétisation à outrance. Au moins, maintenant, il y a un mot pour ça.
Source :
BoingBoing
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Forbrukerradet

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