Filmer la police, puis flouter les visages avant de publier
En France, même si ça les défrise, un policier ou un gendarme en service ne peut pas s’opposer à ce qu’on l’enregistre (vidéo, photo et son), tant qu’on n’est pas dans un lieu privé. C’est la
qui l’a rappelé dans un avis de 2020, en s’appuyant sur une circulaire de 2008 du ministère de l’Intérieur, excluant aussi
qu’on vous interpelle ou qu’on vous retire votre matériel pour ça
.
J’irais même plus loin en disant que filmer est même un devoir, tant ça peut vite déraper d’un côté comme de l’autre…
Bref, filmer est donc un droit acquis, mais publier l’enregistrement c’est autre chose… Le Conseil constitutionnel ayant
le délit de provocation à l’identification des policiers prévu par la loi Sécurité globale, parce que le texte était trop imprécis, il ne nous reste que l’
, qui punit de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende le fait de diffuser des informations permettant d’identifier quelqu’un dans le but de l’exposer à un risque direct d’atteinte. Et ça monte à 5 ans et 75 000 euros si la personne est dépositaire de l’autorité publique.
En langage clair et en théorie, cela veut dire que publier le visage d’un policier ne suffit pas à faire un délit… C’est l’intention d’exposer qui doit être prise en compte, et la LDH le rappelle, il n’y a aucune obligation légale qui impose de flouter les agents.
Reste que flouter est LE choix de la prudence, parce qu’une vidéo est là pour documenter des faits et pas pour afficher des personnes. Et surtout ça vous évite tout procès d’intention. La Défenseure des droits juge d’ailleurs que publier des images d’interventions de police est légitime et nécessaire dans une société démocratique, donc même s’il y floutage de visage, ça ne retire rien au document : les gestes, les mots et le contexte restent à l’image.
Mais attention, le floutage ne vous protège pas non plus de tout puisque si vous n’êtes ni journaliste ni en train de constituer une preuve en justice, diffuser des images de violences peut vous exposer à 5 ans de prison, au titre de l’article 222-33-3, d’après ce qu’explique la LDH.
Après, en ce qui concerne le visage des manifestants, c’est également très bien de les flouter puisque le fichier TAJ des antécédents judiciaires peut être interrogé par reconnaissance faciale, et le
a dénombré 498 871 consultations de ce type en 2021 rien pour la seule police nationale. Donc j’imagine pas en 2026…
Reste le côté “pratique” de la chose, parce que flouter une vidéo à la main, image par image, c’est pas si simple quand on ne maitrise pas les outils de montage vidéo. Mais il y a une application web libre nommée
du collectif onestla.tech qui vous permet d’uploader des photos, en lot (avec ZIP à la sortie), ou une vidéo, et celui-ci masquera tous les visages. Tout se passe uniquement dans votre navigateur (rien n’est envoyé sur des serveurs tiers) et une fois chargée l’appli peut même fonctionner offline sur votre téléphone par exemple.
Chaque masque peut ainsi être revu avant l’export, et pour un visage raté, il suffit de glisser le doigt ou la souris dessus pour l’ajouter. Le fichier qui sort ensuite a été totalement nettoyé de ses métadonnées (ni EXIF, ni GPS, ni date de création) et porte un nom aléatoire. Comparé au floutage ou à la mosaïque, notez que le style “Solid” qui met un calque noir ou Emoji sur les visages sont les plus safe pour protéger l’anonymat des personnes.

Après, oui, la détection automatique peut manquer des visages, et les vêtements, les tatouages, les banderoles ou encore les lieux permettent évidemment d’identifier encore des gens donc là faudra se relever un peu plus les manches pour sécuriser à fond la vidéo Et pour le son, si vous en avez besoin, Masque propose une option “Supprimer le son” en précisant que les voix peuvent également permettre d’identifier des personnes, donc pensez-y avant de publier si le son n’a pas d’utilité. Sinon, trouvez un outil pour modifier les voix afin qu’on puisse quand même savoir ce qui est dit mais sans reconnaitre la voix des personnes.
Voilà, ce projet est tout jeune mais je l’ai trouvé bien utile. Et si vous filmez pour documenter, gardez bien évidemment l’original dans un endroit safe que vous maîtrisez, sachant que votre téléphone l’a peut-être déjà envoyé dans un cloud.
Ah et si Masque ne vous convient pas, il y a aussi
, que j’avais déjà
et dont Masque reprend le modèle de détection.
C’est un outil en ligne de commande qui tourne sous Linux, Windows et macOS, python3 -m pip install deface puis deface video.mp4, qui détecte les visages image par image et les floute ou les cache sous des boîtes noires. Pas d’interface graphique prévue cependant et l’audio est viré par défaut.
Et pour les photos uniquement, tout le monde l’ignore mais
a un outil de floutage dans son éditeur d’images depuis 2020, sur Android et iOS, avec un traitement à 100% local. Sa détection, elle non plus, ne trouve pas tous les visages à coup sûr, d’où le pinceau pour flouter à la main ce qu’elle a raté mais c’est aussi très pratique. Ah et j’avais aussi parlé de cet
pour anonymiser les photos de manifs si vous voulez en essayer encore un autre.
Bref, filmez partout et tout le temps mais pensez bien à flouter avant de publier quoi que ce soit et surtout à garder l’original au chaud pour aider les victimes plus tard.
Source :

Leave a Comment